L’invitation au déplacement contenue dans le titre de son exposition au Mrac est au coeur de la pratiquede cet artiste colombien installé en France : de l’image à la sculpture, d’une culture européenne à une culture sud-américaine, du réel à sa représentation, de l’original à la copie, Daniel Otero Torres ne cesse d’interroger ce qui fonde notre rapport à l’autre et comment ce regard mute et se transforme au gré des contextes sociaux, politiques et culturels.

Avec son exposition au Mrac, Daniel Otero Torres entame une recherche sur l’architecture vernaculaire en Colombie, où se développe sur les contreforts des villes des auto-constructions qui répondent à des impératifs économiques et sociaux complexes, mais résultent également d’un savoir-faire et d’une ingéniosité indéniables, permettant aux individus de développer des formes de résistance en se ressaisissant de leurs conditions de vie. À Bogota, ces bidonvilles sont appelés « Invasiones », un terme aux connotations péjoratives qui permet de mieux saisir comment ces quartiers sont considérés par les pouvoirs en place, et qui n’est pas sans rappeler une terminologie utilisée aussi bien en Europe qu’aux États-Unis pour désigner tout corps étranger comme une menace rampante.

Au centre de l’espace, un échafaudage en bambou aux proportions imposantes rappelle ces constructions traditionnelles, qui de l’Inde à la Chine, permettent aux ouvriers de construire des immeubles. Troublant contraste que celui de ces hommes qui bâtissent des immeubles en dur en travaillant sur des structures qui semblent si fragiles à nos yeux d’occidentaux. Enchâssée dans la structure, une maquette d’architecture en brique, réalisée d’après une maison abandonnée de Bogota, symbolise ces villes en mutation permanente. La maison semble littéralement envahie par la structure en bambou, offrant un retournement de point de vue quant à sa fonction initiale. De part et d’autre de cette installation, Daniel Otero Torres positionne deux chaises, de celles qui habituellement accueillent les gardiens de musée dans les salles d’exposition. Sur l’une d’entre elles, en lieu et place du traditionnel gardien, se trouve un personnage rencontré lors d’un séjour de l’artiste dans une communauté indienne en Colombie, un personnage errant qui mène une vie éloignée de toute préoccupation matérielle. Lui faire face, c’est faire face à un individu qui a délibérément fait le choix de s’extraire des logiques de nos sociétés contemporaines, mais c’est aussi porter un regard sur cette figure du gardien de musée largement ignorée. Sur l’autre chaise, une pile de cartes postales à disposition du public semble nous inviter au voyage : l’image d’un bus nommé Christophe Colomb dévoile non sans humour comment l’industrie du tourisme demasse joue avec le cliché de l’exotisme et celui des grandes découvertes. Dans ce face-à-face troublant, Daniel Otero Torres semble nous proposer une échappée, celle de positions alternatives qui refusent la fatalité d’une vie préfabriquée.

(Dé)placements

MRAC / Musée régional d’art contemporain, Occitanie / Pyrénées - Méditerranée, Sérignan Commissariat : Sandra Patron

L’invitation au déplacement contenue dans le titre de son exposition au Mrac est au coeur de la pratiquede cet artiste colombien installé en France : de l’image à la sculpture, d’une culture européenne à une culture sud-américaine, du réel à sa représentation, de l’original à la copie, Daniel Otero Torres ne cesse d’interroger ce qui fonde notre rapport à l’autre et comment ce regard mute et se transforme au gré des contextes sociaux, politiques et culturels.

Avec son exposition au Mrac, Daniel Otero Torres entame une recherche sur l’architecture vernaculaire en Colombie, où se développe sur les contreforts des villes des auto-constructions qui répondent à des impératifs économiques et sociaux complexes, mais résultent également d’un savoir-faire et d’une ingéniosité indéniables, permettant aux individus de développer des formes de résistance en se ressaisissant de leurs conditions de vie. À Bogota, ces bidonvilles sont appelés « Invasiones », un terme aux connotations péjoratives qui permet de mieux saisir comment ces quartiers sont considérés par les pouvoirs en place, et qui n’est pas sans rappeler une terminologie utilisée aussi bien en Europe qu’aux États-Unis pour désigner tout corps étranger comme une menace rampante.

Au centre de l’espace, un échafaudage en bambou aux proportions imposantes rappelle ces constructions traditionnelles, qui de l’Inde à la Chine, permettent aux ouvriers de construire des immeubles. Troublant contraste que celui de ces hommes qui bâtissent des immeubles en dur en travaillant sur des structures qui semblent si fragiles à nos yeux d’occidentaux. Enchâssée dans la structure, une maquette d’architecture en brique, réalisée d’après une maison abandonnée de Bogota, symbolise ces villes en mutation permanente. La maison semble littéralement envahie par la structure en bambou, offrant un retournement de point de vue quant à sa fonction initiale. De part et d’autre de cette installation, Daniel Otero Torres positionne deux chaises, de celles qui habituellement accueillent les gardiens de musée dans les salles d’exposition. Sur l’une d’entre elles, en lieu et place du traditionnel gardien, se trouve un personnage rencontré lors d’un séjour de l’artiste dans une communauté indienne en Colombie, un personnage errant qui mène une vie éloignée de toute préoccupation matérielle. Lui faire face, c’est faire face à un individu qui a délibérément fait le choix de s’extraire des logiques de nos sociétés contemporaines, mais c’est aussi porter un regard sur cette figure du gardien de musée largement ignorée. Sur l’autre chaise, une pile de cartes postales à disposition du public semble nous inviter au voyage : l’image d’un bus nommé Christophe Colomb dévoile non sans humour comment l’industrie du tourisme demasse joue avec le cliché de l’exotisme et celui des grandes découvertes. Dans ce face-à-face troublant, Daniel Otero Torres semble nous proposer une échappée, celle de positions alternatives qui refusent la fatalité d’une vie préfabriquée.

1:12.5, 2017 Bamboo, Terre cuite ( 2300 briques de cloison, realiées et assembées) béton, acier, mixed media, 300 x 310 x 300 cm.

1:12.5, 2017 Bamboo, Terre cuite ( 2300 briques de cloison, realisées et assemblées) béton, acier, mixed media, 300 x 310 x 300 cm.  © Aurélien Mole

Vues de l’exposition, (Dé)placements, 2017, MRAC, Musée régional d’art contemporain, Occitanie, Pyrénées- Méditerranée, Sérignan.  © Aldo Paredes

BCC, 2017, Impression jet d’encre, 15 x 10 cm (carte postale), plusieurs exemplaires.

El Parce, 2017, Crayon sur aluminium, acier, 50 x 131 x 60 cm

El Parce (bis), 2017, Crayon sur aluminium, acier, 50 x 131 x 60 cm

El Parce, 2017
Crayon sur aluminium, acier
50 x 131 x 60 cm

El Parce, 2017 Crayon sur aluminium, acier, 50 x 131 x 60 cm

Vue de l’exposition, Fênetres, 2017, domaine Lezigno, Languedoc Roussillon.

Eventail, 2017, crayon sur inox, acier, 100 x 102 X 30 cm

El Bacan, 2017
Crayon sur aluminium, acier
90 x 187 x 48 cm

El Bacan, 2017, Crayon sur aluminium, acier 90 x 187 x 48 cm

Echafaudage, 2017
Impression quadri avec blanc de soutien en vitro sur plexiglass incolore
5 mm, 126 x 190 cm.

Echafaudage, 2017, Impression quadri avec blanc de soutien en vitro sur plexiglass incolore 5 mm, 126 x 190 cm.

Falda, 2016
Crayon sur aluminium, acier
75 x 240 x 53 cm (x 2)

Falda2016, Crayon sur aluminium, acier 75 x 240 x 53 cm (x 2)

Vue de l’exposition collectif,Jeune Création 66e édition, 2016, Galerie Thaddaeus Ropac Paris-Pantin.

Daniel Otero Torres joue avec les clichés. Il retravaille au graphite des poses stéréotypées à partir de photographies réalisées sur le terrain ou prélevées sur internet. Modifiées sur un logiciel de traitement de l’image avant d’être minutieusement dessinées sur le papier, ces images ne laissent aucun doute sur la nature de leur artifice. Aucun mimétisme donc, mais un savant jeu de mise en scène où l’objet et le sujet du regard restent ambigus. Les figures semblent fixer le spectateur mais la direction de leur regard désigne surtout le point de vue à partir duquel elles ont été prélevées dans le monde. Que ce soit la paranoïa sécuritaire liée aux luttes de classes en Amérique Latine, les membres de la tribu des Kayapos en Amazonie ou le tourisme ethnographique, les sujets traités par l’artiste sont au cœur de ces problématiques liées au point de vue, au cadrage et à la représentation de l’autre.

Le point de vue, justement, est mis en scène et c’est là tout l’enjeu de la démarche ; il rejoue les stéréotypes d’un regard ethnocentré à travers lequel les peuples, les classes, les communautés, les groupes humains en général se regardent par le filtre de leurs croyances et projection normatives, s’observent avec curiosité, méfiance et même défiance.

Les figures, sous forme de silhouettes découpées et contrecollées sur aluminium, se déploient aussi dans l’espace où l’illusion de leur réalisme, au point de vue privilégié, est rompue sitôt que le spectateur se déplace dans l’espace d’exposition. L’envers du décor en quelque sorte où la dimension structurelle du point de vue apparaît froidement.

Une invitation au déplacement donc, qui permettrait au regard de se libérer de l’illusion du point de vue. Mais sur ce chemin, le regard est soumis à de nombreuses tentations, de nombreux pièges ; l’anamorphose unifie, le stéréotype rassure, le dessin fascine et peut-être que la question de l’altérité, dont s’inquiète souvent Daniel Otero Torres, est située ailleurs, derrière le décor, après l’illusion, au-delà de la représentation

ANTOINE HUET

Rendez - vous 15, Jeune création internationale Biennale de Lyon 2015

Institut d’art contemporain - Villeurbanne/ Rhône-Alpes

Daniel Otero Torres joue avec les clichés. Il retravaille au graphite des poses stéréotypées à partir de photographies réalisées sur le terrain ou prélevées sur internet. Modifiées sur un logiciel de traitement de l’image avant d’être minutieusement dessinées sur le papier, ces images ne laissent aucun doute sur la nature de leur artifice. Aucun mimétisme donc, mais un savant jeu de mise en scène où l’objet et le sujet du regard restent ambigus. Les figures semblent fixer le spectateur mais la direction de leur regard désigne surtout le point de vue à partir duquel elles ont été prélevées dans le monde. Que ce soit la paranoïa sécuritaire liée aux luttes de classes en Amérique Latine, les membres de la tribu des Kayapos en Amazonie ou le tourisme ethnographique, les sujets traités par l’artiste sont au cœur de ces problématiques liées au point de vue, au cadrage et à la représentation de l’autre.

Le point de vue, justement, est mis en scène et c’est là tout l’enjeu de la démarche ; il rejoue les stéréotypes d’un regard ethnocentré à travers lequel les peuples, les classes, les communautés, les groupes humains en général se regardent par le filtre de leurs croyances et projection normatives, s’observent avec curiosité, méfiance et même défiance.

Les figures, sous forme de silhouettes découpées et contrecollées sur aluminium, se déploient aussi dans l’espace où l’illusion de leur réalisme, au point de vue privilégié, est rompue sitôt que le spectateur se déplace dans l’espace d’exposition. L’envers du décor en quelque sorte où la dimension structurelle du point de vue apparaît froidement.

Une invitation au déplacement donc, qui permettrait au regard de se libérer de l’illusion du point de vue. Mais sur ce chemin, le regard est soumis à de nombreuses tentations, de nombreux pièges ; l’anamorphose unifie, le stéréotype rassure, le dessin fascine et peut-être que la question de l’altérité, dont s’inquiète souvent Daniel Otero Torres, est située ailleurs, derrière le décor, après l’illusion, au-delà de la représentation

ANTOINE HUET

Vue de l’exposition Rendez - vous 15, Jeune création internationale / Biennale de Lyon, 2015, Institut d’art contemporain - Villeurbanne/ Rhône-Alpes. Lauréat du Prix Rhône-Alpes Jeune Création

Jardin, 2015
Impression jet d’encre
3,60 x 4,50 cm
impression sur plexiglass
126,38 x 190 cm

Jardin, 2015, Impression jet d’encre 3,60 x 4,50 cm, impression sur plexiglass 126,38 x 190 cm

1: 27,78, 2015, béton, motrier, acier, inox, 145 x 114 x 120 cm.

1: 27,78, 2015, béton, motrier, acier, inox, 145 x 114 x 120 cm.

Homme assis,
2015
Crayon sur aluminium, acier, verre, plante,
Echelle un.

Homme assis 2015, crayon sur aluminium, acier, verre, plante, echelle un.

Vue de l’exposition, Le Temps de l’audace et de l’Engagement - de leur Temps (5), collections privées Fraçaises, 2016, IAC de Villeurbanne, Rhône-Alpes. De gauche à droite: Lionel Sabbaté, Nicolas Momein, Tony Grand, Neil Beloufa et Daniel Otero Torres

Corps sans tête, 2017
Crayon sur laiton, verni, acier
50 x 135,5 x 31 cm

Corps sans tête, 2017, Crayon sur laiton, verni, acier, 50 x 135,5 x 31 cm

Vue de l’exposition, Corps sans tête, Maêlle Galerie, 2017, Paris I De gauche à droite: JDMonthName(julianday, mode) ulien Creuzet, Nicolas Momein et Daniel Otero Torres   © Gregoire Perrier

Figure with empty circle, 2016, Crayon sur aluminium, acier, 174 x 27 x 27 cm.

De l’autre côté, 2011-2015
mixed media
33 x 128 x 28cm

De l’autre côté, 2011-2015, mixed media, 33 x 128 x 28cm

De l’autre côté, 2011-2015, mixed media, 33 x 128 x 28cm